par fernando » 11 Déc 2025, 14:57
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Vu de Belgique. “Le Journal d’un prisonnier”, de Nicolas Sarkozy, la honte après le déshonneur
Dans “Le Journal d’un prisonnier”, l’ancien président ne décrit pas seulement son quotidien à la prison de la Santé. Il livre aussi une analyse politique. Défonçant encore un peu plus ce qu’il reste de digue contre le RN, déplore ce quotidien bruxellois.
Ces 216 pages laissent un profond malaise. On s’attendait à ce que la sortie du livre de Nicolas Sarkozy, Le Journal d’un prisonnier (Fayard), ne soit pas très pudique. De fait, elle sera accompagnée ce mercredi d’une séance de dédicaces dans une librairie du XVIe arrondissement de Paris après un plan de com déjà insupportable, avec des interviews dans Le Figaro et Le Journal du dimanche, propriété de son ami Bolloré. À quand un 20 heures ? Indécent, de la part de l’ancien président qui a passé vingt et un jours à la prison de la Santé, et qui impose une nouvelle fois son storytelling. Quelle place pour la douleur des familles des victimes de l’attentat du DC-10 d’UTA ? À peine quelques lignes dans l’ouvrage. Pour tenter de les convaincre qu’elles n’ont pas à lui en vouloir.
Rappelons que Nicolas Sarkozy a été condamné (certes en première instance seulement et il est donc à nouveau présumé innocent avant l’appel) pour association de malfaiteurs pour avoir laissé ses plus proches collaborateurs approcher en Libye l’organisateur de cette explosion qui avait causé en 1989 la mort de 170 passagers dont 54 Français.
Du pathos et de la politique
On s’attendait à la description de son quotidien en détention. On est servi. Rien ne manque. Le matelas si dur, les repas dans des barquettes en plastique, le tapis de course sans impulsion électrique, le match du PSG diffusé en cellule sur Canal dès le premier soir mais qui n’a pas la saveur habituelle, le filet d’eau dans la douche et jusqu’à ce miroir, placé trop bas pour qu’il puisse faire sa toilette sans s’accroupir. Mais on ne s’attendait pas à la portée politique du livre. Car il en a une, oui. Nicolas Sarkozy écrit des mots plus qu’aimables à l’endroit du RN, dont il estimait déjà en septembre dernier qu’il faisait désormais partie de “l’arc républicain” (sic).
Nicolas Sarkozy évoque un appel à Marine Le Pen. Grand sensible, il a été touché par sa réaction après sa condamnation. Alors qu’elle l’interroge sur un éventuel nouveau barrage républicain dans l’hypothèse de nouvelles élections, l’ancien patron de la droite écarte l’hypothèse. Non seulement ce barrage n’aurait pas lieu d’être, mais il le ferait savoir publiquement, lui dit-il. Nicolas Sarkozy explique aussi avoir reçu trois lettres du vice-président du RN, Sébastien Chenu. Heureux, dit-il à propos de cet ancien transfuge de la droite, de le compter parmi ses amis.
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Il fut un temps (en 2007) où, apôtre d’une “droite forte”, Nicolas Sarkozy s’employait à siphonner les voix de l’extrême droite. Cela lui avait permis de s’installer à l’Élysée au terme d’une campagne qui pour la première fois avait fait reculer le parti de Jean-Marie Le Pen. Il fut un temps (en 2012) où Nicolas Sarkozy flirtait avec l’extrême droite sous l’influence de son sulfureux conseiller Patrick Buisson. Il devait alors perdre la présidentielle face au socialiste François Hollande. Et demain ? Nicolas Sarkozy sera-t-il l’artisan d’une funeste union des droites qui porterait Jordan Bardella à l’Élysée ? Ce serait la honte après le déshonneur.
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